DPE et confort d’été passif : 9 logements sur 10 non adaptés aux fortes chaleurs
Sur près de 9 millions de logements analysés dans la base ADEME DPE (version janvier 2026), 48 % présentent un indicateur de confort d’été « insuffisant » et 41 % un indicateur « moyen » : seuls 11 % des logements français sont aujourd’hui classés « bon » au regard du confort d’été passif. Ce résultat, issu de l’étude IGNES–Pouget Consultants publiée en juin 2026, concerne aussi bien le parc ancien que les logements récents ou les mieux notés énergétiquement.

L’absence de protections solaires extérieures : la cause quasi unique d’un indicateur insuffisant
43 % des logements français sont insuffisamment dotés de protections solaires extérieures selon la base ADEME DPE de janvier 2026 — un taux qui monte à 50 % pour les maisons individuelles.
Dans la méthode DPE 3CL 2021, l’absence de protection solaire extérieure sur au moins une baie orientée Sud, Est ou Ouest classe directement le logement en « insuffisant », indépendamment des quatre autres critères (toiture, inertie, traversant, brasseurs d’air). C’est le seul paramètre dont le non-respect suffit à déclencher ce classement à lui seul. En miroir, seulement 8 % des logements équipés de protections solaires extérieures restent classés insuffisant — confirmant que ce critère est le levier d’action prioritaire.
Le neuf n’est pas épargné : 88 % des logements récents classés moyen ou insuffisant
Parmi les logements récents (RT2012 et RE2020) disposant d’un indicateur confort d’été renseigné dans la base ADEME de janvier 2026, 88 % sont classés moyen ou insuffisant, dont 22 % en insuffisant — et seulement 12 % obtiennent la mention bon.
Les logements récents sont mieux protégés que les logements anciens (62,66 % d’insuffisant avant 1948), mais l’amélioration reste marginale. La RE2020 impose un seuil de degrés-heures (DH) en été, mais cette exigence ne se traduit pas automatiquement par la présence de protections solaires extérieures ni par une configuration traversante. L’absence d’inertie thermique des constructions légères récentes et la faible part de logements traversants (58 % des logements récents ne le sont pas) expliquent la persistance du problème malgré les réglementations successives.
Logements classés A ou B : performants l’hiver, bouilloires thermiques l’été
Sur les 427 000 logements classés A ou B dans la base ADEME DPE (janvier 2026), 35 % présentent un indicateur de confort d’été insuffisant et seulement 12 % sont classés bon — un résultat comparable à l’ensemble du parc.
Performance énergétique d’hiver et confort d’été passif sont deux dimensions indépendantes dans le DPE. Un logement très bien isolé peut accumuler la chaleur si ses baies ne sont pas protégées et si son inertie est faible : c’est le profil typique de la rénovation performante récente, légère et bien isolée mais sans occultations extérieures. Ce paradoxe interroge directement la conception des parcours de rénovation globale, qui tendent à optimiser la consommation d’énergie d’hiver sans intégrer le confort estival comme critère de résultat.
Climatisation sans protections solaires : une non-conformité réglementaire dans 47 % des cas
47 % des logements équipés d’un système de climatisation recensés dans la base ADEME ne disposent pas de protections solaires sur les baies Sud, Ouest et Est, en violation de l’article 30 de l’arrêté du 3 mai 2007 (étude IGNES–Pouget Consultants, juin 2026).
Cet arrêté impose, lors de l’installation ou du remplacement d’un système de refroidissement, la mise en place de protections solaires mobiles sur les façades concernées afin d’atteindre un facteur solaire gtot inférieur à 0,15 — niveau qui ne peut être atteint qu’avec des dispositifs extérieurs. Par ailleurs, les 861 000 logements équipés d’un générateur de froid (hors climatiseurs mobiles) recensés dans la base semblent sous-estimés : l’ADEME évalue à 14 % la part du parc équipée d’une PAC air/air, contre seulement 10 % dans les DPE, alors que 800 000 PAC air/air sont vendues annuellement selon le ministère de la Transition énergétique.
Les audits énergétiques ignorent le confort d’été dans 58 % des cas
58 % des audits énergétiques réalisés sur des logements insuffisamment dotés de protections solaires ne préconisent pas leur installation dans les scénarios de travaux proposés, selon l’analyse de la base ADEME Audit portant sur 532 000 logements audités (janvier 2026).
Les scénarios de travaux proposés dans les audits se concentrent sur la performance thermique d’hiver — isolation des parois, menuiseries, systèmes de chauffage. En revanche, l’installation de protections solaires n’est prévue dans aucun des scénarios de 62 % des audits comportant un scénario complémentaire. Résultat : le passage au scénario principal ne fait sortir du classement insuffisant que 33 % des logements audités initialement dans cette situation. Pour les appartements, la proportion tombe à 6 %.
Un risque de surchauffe structurellement aggravé par le réchauffement climatique
D’après une étude Pouget Consultants / Energies Demain pour IGNES, la part du parc résidentiel exposée à plus de 60 jours par an dépassant 25 °C en extérieur va s’étendre significativement d’ici 2050, notamment dans des territoires aujourd’hui peu concernés.
L’indicateur de confort d’été passif du DPE est calculé indépendamment de la localisation géographique. Pourtant, les grandes métropoles cumulent ce score structurel avec des phénomènes d’îlots de chaleur urbains intenses : Paris affiche 68 % d’indicateurs insuffisants (299 435 logements, indice d’îlot de chaleur urbain très fort), Lille 70 %. Des logements déjà inadaptés structurellement seront donc soumis à des sollicitations thermiques croissantes sans que leurs caractéristiques passives aient évolué — sauf action délibérée sur les protections solaires et la ventilation naturelle.
Questions fréquentes sur le DPE et le confort d’été passif
Qu’est-ce que l’indicateur de confort d’été passif dans le DPE ?
Le DPE comporte en page 2 un indicateur de confort d’été passif distinct de l’étiquette énergie. Il prend trois valeurs — insuffisant, moyen ou bon — à partir de cinq paramètres : isolation de la toiture, présence de protections solaires extérieures, inertie du bâtiment, caractère traversant du logement et présence de brasseurs d’air fixes. La climatisation n’est pas prise en compte dans ce calcul.
Pourquoi les protections solaires extérieures sont-elles si décisives ?
Dans la méthode DPE 3CL 2021, l’absence de protection solaire extérieure sur au moins une baie orientée Sud, Est ou Ouest classe directement le logement en « insuffisant », quel que soit l’état des autres critères. C’est le seul paramètre dont le non-respect suffit à lui seul à déclencher ce classement.
Les logements récents RT2012 ou RE2020 sont-ils mieux adaptés aux fortes chaleurs ?
Partiellement, mais insuffisamment. Parmi les 119 000 logements récents disposant d’un indicateur confort d’été renseigné dans la base ADEME (janvier 2026), 88 % sont classés moyen ou insuffisant et seulement 12 % obtiennent la mention bon — proportion comparable à celle du parc existant. La RE2020 n’impose pas explicitement la mise en place de protections solaires extérieures.
Un logement classé A ou B en énergie est-il protégé contre la surchauffe estivale ?
Non. Sur les 427 000 logements classés A ou B dans la base ADEME DPE (janvier 2026), 35 % présentent un indicateur de confort d’été insuffisant et seulement 12 % sont classés bon. Performance énergétique d’hiver et confort d’été passif sont deux dimensions indépendantes dans le DPE.
Est-il obligatoire d’installer des protections solaires quand on pose une climatisation ?
Oui. L’article 30 de l’arrêté du 3 mai 2007 impose la mise en place de protections solaires mobiles sur les façades Sud, Ouest et Est lors de toute installation ou remplacement d’un système de refroidissement. Or 47 % des logements climatisés recensés dans la base ADEME ne respectent pas cette obligation selon l’étude IGNES–Pouget Consultants de juin 2026.